Les pires (et moins pires) conseils de Yann Marguet pour se démarquer

La nouvelle génération des humoristes suisses fait parler d’elle depuis quelques années déjà. L’un de ses membres (et non des moindres!) est l’humoriste Yann Marguet. Véritable coqueluche des romands, il comptabilise aujourd’hui plusieurs millions de vues sur les réseaux sociaux.

Dans sa chronique, Les Orties, sur Couleur 3, Yann parle de tout. Il aborde toutes les thématiques, des pique-niques à l’homosexualité, en passant par les emojis. Aucun sujet n’est trop sérieux, ni trop banal. Son seul fil conducteur: un humour simple et franc.

C’est par hasard que je l’ai rencontré. Mais le hasard fait bien les choses et j’ai eu le plaisir de lui soutirer quelques conseils sur la façon de percer en Suisse romande.

Mais pour commencer et comme il le dirait lui-même:

Yann Marguet, c’est qui ?

-> Définition !

 

Qui es-tu? Qu’est-ce que tu cherches à atteindre au travers de tes chroniques?

J’aimerais incarner la plus grande humilité possible, la plus grande simplicité, toujours m’inclure dans les critiques. Ça se rejoint dans tout ce que je fais. J’ai ce truc physique, une espèce de bonhomie. J’espère que les gens vont commencer à me voir comme un ami. Même si je parle de sujets qui peuvent déranger, j’aimerais qu’ils me voient comme un pote qui les embête. L’accent vaudois, combiné avec mon style, ma gueule et ce que je dis, ça brouille les pistes. Le mec qui pense que les hipsters sont tous des imbéciles pourra se dire qu’on peut quand même aller boire des bières et traire les vaches ensemble. C’est une démarche anti-identitaire.

Là où mon image est réfléchie, c’est dans la volonté d’englober les gens. Je ne vois pas l’intérêt d’une campagne de sensibilisation qui commence par “vous êtes une merde” parce que les gens vont zapper. En incarnant monsieur tout le monde, j’arrive à m’englober moi aussi dans la critique. Ça donne aux gens l’envie de s’identifier et le message passe plus simplement.

 

À côté de tes chroniques, tu as collaboré sur plusieurs projets sociétaux (par exemple le musée du harcèlement de rue). Pourquoi est-ce important pour toi? Que veux-tu amener aux gens?

Je n’ai pas vraiment la prétention d’avoir un impact. C’est aussi important de le dire. Il s’agit juste d’amener une pierre à l’édifice. Je pense que c’est important, en terme d’humilité, de ne pas avoir des ambitions gigantesques. Ce n’est pas avec une vidéo qu’on va changer le monde, mais c’est un début.

Pour le projet sur le harcèlement, j’avais peu d’attentes. J’étais hyper content de participer, mais je ne pensais pas qu’il y aurait du retentissement. C’est à la conférence de presse, quand j’ai vu toutes les caméras et qu’on m’a dit que ça allait passer au 19h30, que j’ai compris que ça pourrait marcher. La réflexion de changer le monde est arrivée après. C’était presque un effet collatéral. L’impulsion de départ c’était plutôt de faire un truc cool.

 

Tu es aujourd’hui devenu un influenceur. Est-ce que tu as recherché cette notoriété?

Je ne sais pas. Quand tu fais ce métier-là et que ça commence à marcher, tu as envie de pouvoir le faire longtemps. C’est horrible parce que c’est hyper artificiel, mais quand tu vois ton nombre de vues qui diminue ça fait peur. Après, c’est pas pour autant que je commencerais à essayer de changer ou de faire une étude de marché pour savoir ce que les gens attendent.

Cette notoriété, je sais que je l’ai quand même voulue parce que ça ne vient pas tout seul. J’ai passé pas mal de temps à me demander si c’est nombriliste ou pas de lancer une page Facebook public. Au bout d’un moment je me suis dit “fuck, je le fais”. Je n’arrive vraiment pas à dire si ça poursuit un objectif égocentrique ou si c’est pour que mes projets aient plus d’impact, mais c’est vrai que plus je suis vu, plus je peux faire passer un message.

 

Contrairement à d’autres humoristes qui se produisent sur les planches, la majeure partie de ton activité se produit en ligne. Quelle est ta stratégie pour rester proche de ta communauté?

Il n’y a pas vraiment de recette magique pour rester proche. En tout cas moi je n’en ai pas. Fatalement tu apprends qu’il y a quand même une stratégie. Je me suis un peu foutu de la gueule du métier de community manager. J’ai toujours eu envie de leur demander “Tu as voulu faire ce métier parce que t’aime bien Facebook? T’es fort en Facebook?”. Avec le changement d’algorithmes de Facebook en début d’année je me suis senti comme un con à avoir besoin d’eux. C’est là que je me suis rendu compte de la complexité de la machine et à quel point les règles étaient importantes.

Ma stratégie n’est pas ultra élaborée: ne pas publier cinquante posts le même jour, ne pas publier des trucs en sachant qu’ils vont faire un four. C’est pas la méga réflexion, mais il y a quand même quelques trucs à gérer.

Couverture Facebook de Yann

Est-ce que tu croises souvent tes fans numériques dans le monde réel ?

Je suis souvent étonné quand je reçois des messages où les gens me disent qu’ils se sont fait cinq orties et qu’ils vont mieux ensuite. Par exemple l’autre jour je croise un jeune type en sortant du bus. Il vient me parler et me dit qu’il adore ce que je fais, que je l’ai beaucoup aidé. Il sort son téléphone pour prendre un selfie et je vois son fond d’écran avec un beau gars musclé. Là je comprend qu’il est gay et j’ai son chemin de vie qui m’arrive dans la tronche. Il a dû morfler. Et ça, ça m’a ému aux larmes.

Comment réagis-tu dans ce genre de cas ?

J’essaie de prendre ce qui vient, de ne pas faire semblant. Mais je prends le temps de répondre à tout le monde. C’est pas une question d’être proche ou pas proche. Tu es comme tu es. Je pense que contrairement aux politiciens on ne fait pas ça pour plaire aux gens. Dans la vie quand tu es une personnalité publique tu te dois de faire de ton mieux, mais on ne peut pas t’en demander plus.

 

S’il n’y a pas de recette magique, il y a sans doute des choses à éviter. Quels seraient tes plus mauvais conseils pour…

 

…choisir sa photo de profil ?

C’est marrant ça. Instinctivement le premier truc qui m’est venu c’est de se prendre en selfie avec un gars que tu considères mieux que toi. Faire comme si tu avais été adoubé par ce mec alors que tout le monde sait que tu es allé le déranger pour avoir un selfie. Genre je suis avec Gad Elmaleh, on est monstre potes. Ou une photo raciste. Non mieux: un selfie avec Dieudonné.

 

…bâtir une communauté de milliers de followers ?

Alors là j’ai un exemple, c’est un rappeur que je suivais. Il postait tous ces états d’âmes sur sa page Facebook publique, des trucs super émotionnels. Je trouve ça vraiment nul. Les gens qui s’abonnent veulent voir du contenu. Si tu es humoriste ils veulent rire, si tu es musicien ils veulent écouter de la musique. Après tu peux mettre quelques trucs persos.

 

…publier sur Facebook ?

Mon pire conseil ce serait de ne rien poster. Faire une page où tu postes une vidéo par année. Un bon conseil, notamment dans mon cas, c’est de proposer du contenu exclusif. C’est ce qui justifie d’avoir sa propre page. Pendant très longtemps je n’ai fait que de relayer les contenus des radios pour lesquelles je bossais mais c’est des choses qui sont uniquement sur une autre page. La vraie page native c’est celle de Couleur 3. La mienne sert à balancer des trucs inédits. C’est ce qui donne une raison aux gens de suivre ma page.

 

…répondre à un commentaire sur Facebook ?

Prendre les choses trop à coeur. C’est chaud parce que c’est le premier réflexe que tu as. Moi je trouve que ne pas répondre c’est la meilleure réponse. Tu ne peux pas faire changer les gens. Rien qu’en leur répondant tu leur donnes raison. Le mieux c’est simplement de les ignorer.

 

Un dernier conseil?

Restez vous mêmes! Ne changez jamais! [rire]

Non mais sérieusement il ne faut pas faire ce qui est attendu de nous et changer pour plaire. Ça ne marchera pas. Cela ne regarde que moi mais surtout si t’es humoriste c’est important de garder son intégrité. Tu ne peux pas durer si tu n’as pas quelque chose à proposer, une vraie démarche artistique. Il ne faut surtout pas se compromettre pour gagner en popularité.

 

*Cette photo n’est pas un selfie d’adoubement 😉

Encore soif d’apprendre ? Suivez ce lien pour accéder à l’interview de Raphael Domjan sur l’art de mettre sa marque personnelle au service de ses projets.

Laissez votre commentaire

Votre courriel est en sécurité avec nous.